Centre Régional d'Initiation à l'Écologie • Ferme d'Uccle • Région Bruxelles Capitale

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Ferme d'Uccle • Région Bruxelles Capitale

Synthèse de 10 ans de monitoring des chauves-souris en Région bruxelloise

A la demande de Bruxelles Environnement, Plecotus, le département dédié aux chauves-souris au sein de Natagora, a réalisé un rapport reprenant l’analyse des données de dix années de monitoring des chauves-souris en Région bruxelloise. Cette étude n’aurait pas été possible sans toutes les données qui ont été patiemment récoltées par les volontaires de Plecobrux et du Vleermuizen werkgroep durant toutes ces années, un immense merci à eux ! Le rapport intègre de nombreuses informations et analyses approfondies qui intéresseront (on l’espère en tout cas) les chiroptérologues bruxellois et/ou passionnés, notamment un état des lieux descriptif et cartographique de l’ensemble des données pour chaque espèce. Un des volets d’analyse est présenté ici, mais n’hésitez pas à vous plonger dans ce rapport très complet1, vous ne serez pas déçus.

Table de matières

Par Claire Brabant et Pierrette Nyssen

Diversité d’espèces à Bruxelles

La Région bruxelloise héberge 18 espèces de chauves-souris, ce qui représente une belle richesse spécifique pour un milieu anthropisé comme notre capitale. Cette diversité s’explique en partie grâce à la forêt de Soignes et au chapelet d’étangs dans le bassin de la Woluwe.

Protocole de monitoring

Le protocole de monitoring de Bruxelles a été mis en place en 2006 et a peu changé depuis. Il s’appuie sur des points d’écoute (près de 400 points d’écoute au total) au niveau de différents milieux aquatiques (étangs principalement et canal) et une trentaine de transects (un transect = 1 ligne de 20 points d’écoute) en milieu forestier. Un tiers des points d’écoute et des transects sont inventoriés chaque année, répétés à raison de 3 passages/an, tous les 3 ans en moyenne.

Analyse des tendances

Une des principales questions qui nous anime depuis le début de ces inventaires et qui a d’ailleurs motivé leur mise en œuvre, est l’évaluation des tendances de population des espèces courantes à Bruxelles. Pour tenter d’y répondre, plusieurs approches complémentaires ont été testées et quatre types d’analyse statistique des données des points d’écoute ont été réalisés :

– Une analyse des abondances pour les 3 grands groupes d’espèces (Pipistrellus, Myotis, Eptesicus/Nyctalus) avec d’une part un modèle statistique rTrim et d’autre part un modèle mixte (glmer).

– Une analyse en présence/absence par espèce à l’échelle des points d’écoute et à l’échelle des sites.

Pour le groupe des pipistrellus

L’analyse des données d’abondance indique une augmentation marquée et statistiquement significative des populations au cours de la période étudiée (2006-2017), tant en milieu forestier qu’en milieu aquatique.

Cette augmentation est confirmée par l’analyse par espèces en présence/absence à l’échelle des sites, qui suggère que l’augmentation serait nettement liée à la progression de Pipistrellus pipistrellus en milieu forestier. En milieu aquatique, aucune tendance significative ne se dégage pour Pipistrellus pipistrellus, l’augmentation est expliquée par le taxon Pipistrellus sp

Le groupe des pipistrelles progresse donc tant en nombre qu’en matière d’occupation spatiale à Bruxelles, voilà une première conclusion intéressante à tirer de cette analyse.

Pour le groupe des myotis

Pour le groupe des Myotis, la situation est moins nette. Certaines analyses, dont celle des données d’abondance avec rTrim en milieu forestier, ne donnent pas de résultats significatifs. Par ailleurs, les tendances observées sont différentes en milieu forestier et en milieu aquatique, puisque ces mêmes analyses montrent une tendance significative en léger déclin sur les étangs.En milieu forestier, le modèle mixte montre une augmentation des abondances du groupe. L’analyse en présence/absence confirme cette augmentation pour le taxon Myotis sp. (tant à l’échelle des sites qu’à l’échelle des points d’écoute) et pour le Myotis daubentoni à l’échelle des sites.

Les modèles mixtes ne donnent pas de tendances significatives en milieu aquatique, les données sont en dents de scie, il convient de rester prudent dans l’interprétation de celles-ci.

Pour conclure, on retiendra que le groupe des Myotis pourrait montrer une progression en forêt et une légère décroissance en milieu aquatique. Toutefois, ces tendances devraient être vérifiées et consolidées dans le futur avec des données supplémentaires.

Pour le groupe eptesicus/nyctalus

Les données d’abondance montrent une nette augmentation de ce groupe des “sérotules” en milieu forestier (sur base des deux types de modèles). Le modèle rTrim suggère une augmentation de type exponentiel. En milieu aquatique, l’augmentation mise en évidence par l’analyse des abondances n’est liée qu’à une forte progression au cours des premières années du programme (2006-2010). Ces années sont celles de la mise en place des inventaires (impliquant un certain “rodage” des équipes) et doivent probablement être interprétées avec prudence.

En milieu forestier, trois taxons montrent une augmentation significative en analyse en présence/absence à l’échelle des points d’écoute : Eptesicus serotinus, Nyctalus leisleri et Eptesicus/Nyctalus sp. Cette progression est confirmée par l’approche à l’échelle des sites pour les deux premiers. En milieu aquatique, trois taxons augmentent en présence/absence de manière significative : Eptesicus serotinus, Nyctalus leisleri et Nyctalus sp.

Pour synthétiser, le groupe des Eptesicus/Nyctalus progresse, tant en nombre qu’en termes d’occupation spatiale, tout comme les pipistrelles, même si la tendance est moins certaine en milieu aquatique qu’en milieu forestier.

Les modèles mixtes ne donnent pas de tendances significatives en milieu aquatique, les données sont en dents de scie, il convient de rester prudent dans l’interprétation de celles-ci.Pour conclure, on retiendra que le groupe des Myotis pourrait montrer une progression en forêt et une légère décroissance en milieu aquatique. Toutefois, ces tendances devraient être vérifiées et consolidées dans le futur avec des données supplémentaires.

Pour le groupe eptesicus/nyctalus

Les données d’abondance montrent une nette augmentation de ce groupe des “sérotules” en milieu forestier (sur base des deux types de modèles). Le modèle rTrim suggère une augmentation de type exponentiel. En milieu aquatique, l’augmentation mise en évidence par l’analyse des abondances n’est liée qu’à une forte progression au cours des premières années du programme (2006-2010). Ces années sont celles de la mise en place des inventaires (impliquant un certain “rodage” des équipes) et doivent probablement être interprétées avec prudence.

En milieu forestier, trois taxons montrent une augmentation significative en analyse en présence/absence à l’échelle des points d’écoute : Eptesicus serotinus, Nyctalus leisleri et Eptesicus/Nyctalus sp. Cette progression est confirmée par l’approche à l’échelle des sites pour les deux premiers. En milieu aquatique, trois taxons augmentent en présence/absence de manière significative : Eptesicus serotinus, Nyctalus leisleri et Nyctalus sp.

Pour synthétiser, le groupe des Eptesicus/Nyctalus progresse, tant en nombre qu’en termes d’occupation spatiale, tout comme les pipistrelles, même si la tendance est moins certaine en milieu aquatique qu’en milieu forestier.

Pour terminer, nous souhaitons remercier Bruxelles-Environnement pour sa confiance sans cesse renouvelée. Soyons par ailleurs fiers du chemin parcouru par notre groupe Plecobrux et de la qualité des données principalement récoltées par une joyeuse troupe de volontaires. 

1. BRABANT C., NYSSEN P. & WEISERBS A., 2019, Analyse des données de monitoring et le développement de critères pour l’état de conservation local des chiroptères en Région de Bruxelles-Capitale, Natagora, Rapport du Département Étude 2019/02