Centre Régional d'Initiation à l'Écologie • Ferme d'Uccle • Région Bruxelles Capitale

Centre Régional d'Initiation à l'Écologie
Ferme d'Uccle • Région Bruxelles Capitale

L’ÉPILOBE EN ÉPI , OU LAURIER DE SAINT ANTOINE

En pleine floraison dès le mois de juin et puis, durant tout l‘été, l’épilobe en épi invite à la promenade et à la rencontre. Et de fait, cette belle grande plante aux fleurs rose fuschia forme d’élégants massifs, typiques des clairières et des lisières forestières.

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En pleine floraison dès le mois de juin et puis, durant tout l‘été, l’épilobe en épi invite à la promenade et à la rencontre. Et de fait, cette belle grande plante aux fleurs rose fuschia forme d’élégants massifs, typiques des clairières et des lisières forestières.

Pour la découvrir,

il vous faudra donc vous éloigner légèrement du centre ville et rejoindre la forêt de Soignes ou tout autre espace semi-naturel quelque peu forestier. Vous la trouverez là où la lumière du soleil est bien présente et à l’abri de toute concurrence  : c’est une plante pionnière, parmi les premières à s’installer après une coupe forestière, un incendie…, avant de disparaître par la suite, dès que d’autres plantes prennent le relais.

En anglais, on la nomme fireweed qui signifie herbe du feu. Plante de lumière, elle colonise aussi les friches, les bords de routes et les talus ferroviaires. La plante atteint facilement 1m50, voire 2 m, de haut et pousse en vastes colonies grâce à ses robustes racines qui émettent continuellement de nouvelles pousses. La tige dressée, rougeâtre est caractéristique.

Les feuilles

allongées et étroites mesurent 10 à 15 cm de long, rappelant un peu celles du Laurier sauce, d’où le nom de Laurier de Saint Antoine. Vert assez foncé sur le dessus, plus claires sur le dessous, les feuilles alternent tout le long de la tige. Au sommet de celle-ci apparaissent, de juin à août, de nombreuses fleurs regroupées en longues grappes. La floraison qui démarre à partir du bas se prolonge pendant plusieurs semaines vers le haut, la grappe continuant à s’allonger progressivement. C’est ainsi qu’en même temps que de nouvelles fleurs s’épanouissent encore vers le sommet de la tige, les fruits commencent à se développer dans le bas. Les fleurs qui mesurent chacune de 2 à 3 cm de diamètre sont formées de quatre sépales et quatre pétales rose pourpre bien visibles. Vivement colorées et riches en nectar, elles s’apprêtent à recevoir la visite de nombreux insectes. Les sépales assez étroits se distinguent facilement des pétales plus larges. Mais le centre de la fleur est pour le moins étonnant.

En début de floraison, huit étamines dépassent largement et exhibent leurs sacs polliniques à qui veut se servir alors que le pistil, organe femelle, est alors quasiment invisible. Replié vers le bas, sous les étamines, il semble terminé par une petite massue purpurine et n’est, à ce moment, pas encore prêt à recevoir le moindre grain de pollen. Ce n’est qu’une fois que les étamines auront fini de libérer leur pollen qu’il se redressera et que la petite massue s’ouvrira en quatre bras. Vous le distinguerez alors facilement, au centre de la fleur, sous la forme d’une longue tige dressée terminée en croix. C’est que la fleur, même si équipée des organes mâles et femelles, préfère la pollinisation croisée ! Après fécondation, l’organe femelle et plus précisément l’ovaire, base de celui-ci, deviendra fruit. Vous apercevrez l’ovaire sous le point d’insertion des pétales et des sépales. D’abord à peine visible, rien ne semble le distinguer d’une simple petite tige portant la fleur. Mais peu à peu, après la floraison, il se développe, s’allonge et s’épaissit légèrement. Une fois la fleur complètement fanée, il est seul à persister : les étamines ont séché, les pétales et les sépales se sont détachés.

Arrivé à maturité,

il s’ouvrira en quatre valves, laissant échapper de nombreuses graines munies chacune de longs poils soyeux et prêtes à coloniser de nouveaux territoires. Ce qui est remarquable chez l’épilobe en épi, ce sont tous ces mécanismes mis en place pour garantir l’évolution et la pérennité de l’espèce grâce à une fécondation croisée, tout en ayant à disposition, sur place, dans une même fleur, les organes mâles et femelles.

Mais si les fleurs attirent de nombreux insectes, principalement les abeilles, bourdons et autres hyménoptères, les feuilles et les tiges offrent elles aussi abri et couvert à une faune nombreuse et variée : chenilles, papillons et autres insectes… 1001 plantes bestiaire de chez nous Les couleuvres helvétiques de Bruxelles L’Homme non plus n’est pas en reste. Les fleurs au goût sucré peuvent être ajoutées en décoration aux desserts. Les jeunes pousses et la moelle contenue dans les tiges sont comestibles et s’utilisent en légumes. Mais attention, pour les consommer, les jeunes pousses doivent pouvoir être reconnues avec certitude, ce qui n’est pas forcément évident avant la floraison. Pour éviter toute confusion, un peu de patience est le mot d’ordre, car l’idéal sera de repérer la plante en pleine floraison durant l’été et de guetter son apparition l’année suivante puisque vivace, elle reviendra au même endroit. Par ailleurs, les feuilles ont également été utilisées dans certaines régions pour préparer un succédané du thé et aujourd’hui, feuilles et fleurs sont toujours récoltées en tout début de floraison pour former d’agréables tisanes. Médicinale, l’épilobe en épi était déjà utilisée par les Amérindiens du Canada pour désinfecter les blessures et traiter les inflammations de la peau ainsi qu’en Europe pour soigner les inflammations de la bouche, comme les aphtes et les gingivites. Elle est efficace aussi en cas de problèmes de diarrhée. Aujourd’hui, les épilobes, font l’objet d’études et sont proposées pour ralentir les problèmes d’hypertrophie de la prostate. Parfois cultivée pour ses qualités ornementales, l’épilobe en épi apporte évidemment de nombreux services en faveur de la biodiversité. Mais retenez toutefois qu’elle peut prendre rapidement beaucoup de place, que ce soit par sa propre taille ou par celle des massifs qu’elle peut former, et qu’elle ne convient de ce fait pas à tous les espaces. Sachez aussi qu’une autre espèce proche, mais tout aussi grande et décorative, l’épilobe hirsute, se développe plutôt dans les prairies humides. Les fleurs légèrement plus grandes, présentent les mêmes mécanismes et la plante est dotée de propriétés médicinales et alimentaires similaires.